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La Presse en a parlé


 
©photo :Henrianne
Notre photographe-reporter www.ericdewallens-photographe.be





Henrianne van Zurpele : j’avais une ferme en Afrique...
Une fantastique conteuse qui fait vivre les oeuvres.

Née au Congo belge, Henrianne, passionnée part l’art animalier, présente un véritable catalogue sentimental dans la salle de réunion de la commune.

    A l’instar de Karen Blixen la danoise, la passion de Henrianne van Zurpele prend ses sources en Afrique. Fille de colon au Congo alors belge, l’enfant découvrira par son père le respect dû à la nature (la nature est notre mère à tous, et qui donc ne respecte pas sa mère?...), notre devoir vis-à-vis des générations futures (quand tu coupes un arbre, tu dois en replanter un autre...). C’est le sculpteur animalier suisse Sandoz, qui lui transmettra le goût pour l’art et l’humour de la nature. Ce proche de la famille accompagnera l’enfance de Henrianne.

    La passion des animaux, générée par le milieu naturel, entraîne une accumulation de documents, épreuves, dessins. Plus qu’une bestiaire bestiaire, c’est un catalogue sentimental et engagé de tous ces " si proches de l’homme ". Les événements et la politique décideront du retour en Belgique d’Henrianne. La responsable de la diathèque des Musées royaus d’art de Belgique, impressionnée par le documentation de cette passionnée de nature, poussera la congolaise d’adoption au Centre de documentation sur l’Art animalier, encore aujourd’hui unique au monde.

    Henrianne van Zurpele est journaliste pour vivre et documentaliste par amour. Ses rencontres avec les artistes sont le fruit de longs " bourlingages " à travers l’Europe, des rencontres centrées sur la protection de l’environnement et plus précisément des animaux. La responsable de ce centre veut redonner sa place à l’art animalier, avec la volonté d’un message en faveur de l’écologie, passionné et gratuit.

    Privée d’Afrique, cette désormais volontaire cherche encore sa terre d’asile, et multiplie ses séjours dans le Vercors où " la nature a su conserver tous ses droits grâce aux hommes ".

    Après Barry, Bugatti et Sandoz, ce sont désormais des contemporains tels que Serge Lombard pour la France, Tsunéiko Kuwabara pour le Japon, ou encore Olga Tziboulsky pour la Russie, qui honorent l’art animalier.

    L’esposition de Méaudre rassemble quelques 23 artistes, aux matières ou styles différents. De l’humour dans ce loir qui se moque du faucon, de la tendresse dans le regard du fauve, de la majesté chez l’éléphant... le lieu est bien petit pour tant d’hôtes, et le visiteur est vite restitué dans sa véritable dimension : si grand et si petit à la fois !

    La responsable accueille chacune et chacun avec, toujours, une nouvelle histoire ou anecdote. Henrianne van Zurpele n’est pas bavarde, elle est riche de vie, de sagesse et de mystère africain !


Marc-Vincent Richard
Le Dauphiné Libéré
Edition Grenoble - Vercors
Dimanche 10 août 1997.
Qautre-montagne


 







Au plus près de la nature
à Méaudre, le Salon International d'art animalier ANIM'ART

    Durant cinq semaines, 25 artistes représentant onze pays exposent leurs oeuvres dans la petite commune du Vercors. C’est la deuxième édition de ce salon, qui se renouvelle grâce au soutien de la municipalité de Méaudre, et au succès rencontré auprès des plus de 2.000 visiteurs venus l’an passé. C’est l’amour et la défense de la nature qui animent, d’une même passion, créateurs puis admirateurs, autour d’oeuvres toutes axées sur l’art animalier.

    Le jeune et talentueux artiste, encore à l’aube de sa carrière, y côtoie sans problème des maîtres de renommée internationale. Ainsi Robert Hainard, (Suisse) un des pères de l’art animalier et dont les créations sont essaimées dans le monde entier. Ce grand monsieur de 92 ans a cheminé dans les forêts du monde entier, et bien sûr celles du Vercors. Il a peint, sculpté, gravé, tous les animaux, avec une affection particulière pour le blaireau. Le salon de cette année lui rend un hommage particulier. Pour la France, citons Serge Lombard qui expose des sculptures récemment honorées par le " Wildlife Pictures-Robert Henno " de Bruxelles, et tout dernièrement par le " Prix de Méaudre ", nouvellement créé.
   
    Toutes les oeuvres sont exposées par technique et non par artiste. C’est d’abord une louve qui protège son petit, les yeux remplis d’amour maternel. Une toile de Wayra, peintre bolivienne. Puis un chat en calcaire urgonien sculpté, de Lombard,, attend les caresses d’un public non-voyant, tandis qu’un autre chaton en merisier sculpté, de Ducret, sourit au visiteur.

    Plus distant, prêt à s’envoler, un faucon pèlerin en bronze, de Hainard, surveille la ligne d’horizon. Beaucoup de vie, de mouvement, de couleurs, dans toutes ses oeuvres qui rendent un hommage appuyé à Dame nature.

    Venues de Limoges et Paris, des artistes proposent également des peintures sur porcelaines réalisées avec les techniques employées au XVIIIè siècle. Enfin, le loup est bien présent, au moment où il semble réapparaître en Isère ! Le salon propose aussi des livres, tel " Une vie de loup ", de Philippe Huet, parut aux Editions Hesse.

    Pour accueillir les visiteurs, Henrianne van Zurpele, l’organisatrice du salon mais d’avantage encore son âme. Une vie au service de l’art animalier, une femme volontaire qui nous entraîne dans ses rêves et souvenirs d’Europe et d’Afrique. A ses côtés, des artistes exposants seront présents chaque jour pour faire partager leur oeuvre.
   
    Ce salon, modeste par ses dimensions, est une très longue promenade parmi une multitude de peintures, sculptures, gravures et médailles. Ajoutons à cette manifestation l’intelligence d’avoir aussi prévu des moments de plaisir pour les nons voyants, grâce à des oeuvres spécialement réservées au toucher.

Marc-Vincent Richard
Le Dauphiné Libéré, édition Grenoble-Isère

Vendredi 7 août 1998.


 

 

ANIM’ART TIENT SALON EN VERCORS
Jusqu’au 31 août, au Centre de Documentation sur l’Art Animalier de Méaudre.

    Il est le petit homme estropié auquel Jean Rouaud, dans le Paléo-circus, accorde la grâce de celui qui récolte d’un trait, sur la paroi d’une grotte, le sillon courbe d’un grand animal. Il est sapiens-sapiens, chamane passeur de mondes. Dont les voyages spirituels atterrissaient, dans le mystère de Lascaux, entre le " cheval chinois " et le " rhinocéros ". Ils sont à Méaudre: peintres, sculpteurs, maître-graveur, qui consacrent leur art à la représentation de la vie animale. L’art animalier, depuis la nuit des temps, nécessite une grande rigueur, un sens aigu de l’observation, une sensibilité et... un instinct qui plonge l’artiste au coeur de l’animal.

    Chacun des exposants du salon ANIM’ART possèdent au bout des doigts cette légèreté prompte à voler le mouvement, représenter l’indicible. Ainsi va " l’ours " de Serge Lombard, on tourne autour de cette masse, la douceur nous caresse, le noir de la serpentine évoque les étoiles de la nuit. Cet artiste est un obstiné. Venu en Vercors enfant, il s’adopte cette terre de calcaire. Il sera d’ici, et cherche, sculpte, creuse l’urgonien passionnel. Bientôt certaines couves des toits de lauzes portent sa griffe. Mais il poursuit sa quête et va voir, au plus bleu des veines de la pierre bavarde, qui nous sommes. C’est alors qu’apparaissent ours en plénitude, chat égyptien, hirondelles printa-nières. Et Serge Lombard finit par en " naître " de cette pierre-pays, de ce Vercors fêlé où les ours et les hommes se sont livrés une guerre stupide

    Au nom de la paix entre l’Homme et l’Animal, Henrianne van Zurpele, a fondé, en 1996, le premier Centre de Documentation sur l’Art Animalier qu’elle a installé en Vercors à Méaudre, depuis un an. Cette journaliste qui a grandi au Congo où elle fut initiée à la parole des arbres, au clin d’ailes des rapaces et à la musique des rochers, tire de ses 30 ans d’amour avec l’Afrique une grande leçon de vie, " si l’Animal va mal, l’Homme ira mal ". S’ensuit pour elle, un long et fougueux plaidoyer en faveur de la protection de la nature. Dont les artistes animaliers sont les ambassadeurs. Henrianne fonction-ne à l’intuition, "  à 200 kilomètres par heure " dit-elle. Elle croise Jan Sweeney, sculptrice sur bronze installée au Zimbabwe et la veut pour son exposition " parce qu’elle transpose, dans son travail, toutes les douleurs de l’Afrique Noire. Aussi bien celle des humains que celle des animaux. C’est cette torture-là qu’elle traduit ". La quête permanente de l’animal est une quête de survie. Celle de ces artistes s’avance à l’identique sur les traces de l’âme, anima indissociable de l’animus. La joyeuseté n’est jamais loin, Henrianne veille à mélanger les... états d’âme. Si elle choisi ces créateurs à l’instinct, alors celui-ci fait bien les choses. Le cochon sauvage du sculpteur australien, Silvio Apponyi - invité d’honneur du salon - s’amuse de nos considérations philosophiques. Il est né du bronze et enveloppe son humour d’une bonhomie anatomique que lui envieraient bien des hommes ! Le travail d’assemblage de pièces de bois que nous propose Jacques Durand semble enfantin tans ses animaux sont caressants... Or il n’y a rien de plus difficile que de revenir à l’enfance. " Tu ouvres l’opinel, tu l’étreins à deux mains, la prière à la plaie " écrivait Jacques Lamoure en évoquant l’écolier des chemins buissoniers. C’est un autre Jacques qui rend hommage à ce couteau d’histoire. Jacques Guichard sculpte les manches d’opinel comme d’autres mâchent du réglisse. Son goût pour les ours le conduit à miniaturiser l’animal. Ce dernier (vu en 1937, le dernier, en Vercors ! ) se retrouve au creux de nos mains, compagnon de route. C’est là le sens du message que tous ces artistes : " compagnon = partager ". Verbe à conjuguer dans un futur proche aux trois personnes du nouvel ordre écologique : la pierre, l’arbre, l’Homme avec, pour complément d’objet direct, " l’espace ". Et pour enjeu, la vie...

Lydia Chabert-Dalix
Les Affiches de Grenoble et du Dauphiné

Vendredi 25 août 2000.



 

L’aménagement du rond-point des Geymonds à Villard-de-Lans : un gros cadeau de Noël aux villardiens.

 

Comme, en principe, rien n’échappe aux regards des automobilistes, chacun aura remarqué, en contournant le rond-point des Geymonds, que des travaux y ont été entamés, mais pour quelle raison ?

C’est presque un conte de fée pour les Ours, naguère vercussiens, mais une belle réalité pour le sculpteur en taille directe tout autant vercorien de cœur et d’âme depuis plus d’un demi-siècle qui a remporté, avec bonheur mais aussi angoisse, la soumission faite l’an dernier pour ce projet : Serge Lombard.

Mesdames Carlioz et Mater, Maire et Adjointe à la Culture de Villard-de-Lans, ont découvert à Méaudre, le 30 juillet 2011, lors de l’inauguration de la Fête du Bleu, le bas relief (voir à ce sujet notre autre article) que le Maire de ce village, Monsieur Pierre Buisson, et son conseil municipal, avait commandé à Serge Lombard, bien connu aussi hors de France.

A l’instant de leur vision, Mesdames Carlioz et Mater ont réalisé ce qu’elles souhaitaient pour l’aménagement du rond-point des Geymonds ; elles pouvaient annoncer leur appel d’offre. Il leur restait à trouver le créateur de cette œuvre dans la foule méaudraise et à savoir s’il voudrait bien, dans ce cadre, proposer un projet en leur Mairie ?

L’emblème de Villard-de-Lans est l’Ours. Donc, forcément, c’est à cette belle et massive créature, hélas disparue du Vercors en 1937 (voir notre autre article), qu’un hommage sera rendu en ce lieu d’entrée principale de la-dite commune.

Contrairement à son habitude, Serge Lombard accepta d’emblée de présenter un projet dont le support serait la lauze, ainsi qu’il en avait été question ce jour-là. La nuit portant conseil, il choisit le matin de présenter deux projets : l’un réalisable en lauze, l’autre en ronde bosse sur le calcaire urgonien du Vercors, matériau noble pour cet ancestral habitant des montagnes vertacomocoriennes. Bien que le sculpteur connaisse ce rond-point depuis sa création, il décida le lendemain d’aller en faire à nouveau le tour et j’eu le privilège de l’accompagner. J’y ai même simulé l’Ourse sur le terre-plein afin qu’il puisse avoir un aperçu de la hauteur du bloc de pierre nécessaire à cet ouvrage. !

J’en ai profité pour lui demander ...

HvZ : quelle a été ta réaction toute première lorsque tu as su que ces dames souhaitaient que tu proposes un projet pour le rond-point des Geymonds ?

SL : J’ai tout de suite pensé que le fait d’avoir cette demande des élus de Villard-de-Lans était, pour moi, gravir une échelle, puisque cette commune est la plus importante des Quatre Montagnes mais aussi que si le projet m’était attribué, je devrais travailler dans du monumental, totalement autre chose que le bas-relief de Méaudre qui m’a coûté deux mois de labeur intense. Cela me serait un nouveau grand défi !

HvZ : Mais encore…

SL : Le thème de l’ours est flatteur, je m’y suis frotté dès mes débuts en sculpture avec enthousiasme… étymologiquement avoir le dieu avec soi, tout un programme !

En cinq minutes, il l’avait dessiné dans sa tête la veille, à Méaudre, au milieu de la foule admirative devant le bas-relief concernant les vaches.

Quinze jours plus tard, ses projets étaient entièrement projetés sur papier, prêt à être déposés en Mairie de Villard-de-Lans. Le premier, prévu en lauzes ne lui plaisait pas trop ; le second, il le prévoyait dans cette merveilleuse pierre calcaire du Vercors, emplie de calcite et de fossiles par les eaux du commencement de nos montagnes, façonnée par les siècles.

SL : J’ai couvert une grande feuille de papier 70 x 100 de mon envie d’ours en ronde bosse. Je vais rester médusé pendant longtemps de ce qu’à l’heure de l’électronique omniprésente, j’ai rempli un rond-point en ayant pour tout outils initiaux : une gomme et un crayon ! C’est déjà narguer notre époque !!

Après plusieurs semaines d’attente et moultes soumissions, consultations et réunions internes, la décision, le choix ultime, furent annoncés : le deuxième projet de Serge Lombard était retenu. Il sera exécuté en deux ans, en blocs sauvages de calcaire urgonien du Vercors, accompagnés de quelques lauzes du Plateau, sculptées en bas-relief ; le thème principal sera l’Ours dans toute sa splendeur de mâle, d’époux et de père de famille ; car il y aura à ses côtés, une Ourse et ses petits : un ourson et sa sœur.

Le tout est estimé à 4 ou 5 tonnes de pierres « cueillies » sur le territoire de Villard-de-Lans. La mère et ses jeunes seront créés en 2012, le père viendra en grand seigneur vers la fin de l’été 2013. Les lauzes complémentaires, avec un motif sculpté, seront posées dans le décor en ces deux années, il faudra les chercher dans le secteur le plus proche.

La date de l’inauguration restera à fixer en finalité du travail. Mais Madame le Maire et tout son conseil municipal villardien souhaitent vivement qu’avant les fêtes de fin de cette année ursienne 2012, qui aura une prolongation en 2013, les œuvres déjà créées soient placées sur le rond-point des Geymonds… un gros cadeau de Noël pour les villardiens.

Or, donc, peu avant l’été, Denis Arnaud, Responsable du Centre Technique Municipal de Villard-de-Lans, fit l’inventaire des dortoirs de blocs d’urgoniens du Vercors suffisamment imposants pour la cause ; il les indiqua à Serge Lombard qui, armé de sa massette et d’un de ses ciseaux, s’en alla par monts et par vaux villardiens, tester les blocs puis faire son choix.

Dès lors, le sculpteur explique : « j’avais trois défis à affronter : le premier était de réaliser des ours grandeur nature dans une roche 100% locale dont la structure intrinsèque ne permet pas, à priori, de se prêter à défier la pesanteur, une fois sculptée, par de grandes portées en surplomb. Dans une petite sculpture, j’arrive à placer des détails importants de mon projet dans un coin sain d’un bloc… enfin apparemment sain, mais lorsqu’il s’agit d’une grande sculpture, des problèmes, tout à fait ignorés dans les petites sculptures, prennent des proportions monstrueuses. Par exemple : il faut penser au poids d’une tête et la fiabilité à accorder au cou… !

Le deuxième défi est technique : comment vais-je m’y prendre, avec quoi (quels outils ? ndlr.), vers quels types d’investissements faut-il s’orienter, en essayant de jongler avec polyvalence de l’outillage ou pure spécificité ?

Le troisième défi est celui du temps imparti à la réalisation de deux oursons et d’un adulte ainsi qu’une intervention sur des lauzes participants à l’exécution du projet. L’entrée en action s’opérant au début du mois de juillet dernier, la présence d’une fébrilité (parmi la longue liste de celles générées par l’ampleur de la tâche qui m’incombait) liée au facteur temps, a toujours été constante.

J’ai trouvé un peu d’assurance en allant puiser dans le réceptacle d’expériences, rubrique : concours de sculpture ; ils représentent une expérimentation très forte de l’usage d’un temps très contingenté et m’ont appris à gérer les contraintes et les avatars, si ce n’est à tirer parti d’eux. »

  

  Le futur ourson...

  

   La future oursonne...

  

  ... et la future maman ours !

Henrianne van Zurpele – 28 novembre 2012 – pour initiatives-vercors.fr.

 

Vivre en Vercors

Les ours de nouveau à Villard... Reportage en images.

 

Suite du précédent article "L’aménagement du rond-point des Geymonds à Villard-de-Lans : un gros cadeau de Noël aux villardiens" : vous saurez tout sur les nouveaux ours de Villard de Lans, grâce au reportage d’Henrianne, pour initiatives-vercors.fr .


A l’occasion du précédent article annonçant l’arrivée d’une famille d’ursidés sur le rond-point des Geymonds, leur « créateur », Serge Lombard, expliquait ses réactions par rapport à la possibilité qu’il avait de participer à la soumission d’un projet pour l’aménagement de ce lieu. Voici la suite de l’histoire et le simages...

Prévenu à la fin du mois de décembre 2011 de ce que son projet avait été retenu, Serge Lombard se mit mentalement et physiquement au travail, vérifia son outillage, acquis ceux qui lui faisaient défaut, participa aux réunions successives qui eurent lieu à la Mairie de Villard-de-Lans, en vue de la mise au point dudit projet, avec tous les responsables concernés.

Voici une vidéo commentée par l’artiste, puis nous reviendrons sur tous les détails...

Le choix de la pierre...

Il ne restait plus qu’à attendre la fin de l’hiver et la fonte des neiges, afin de pouvoir chercher, à travers les montagnes villardiennes, les trois blocs de calcaire urgonien du Vercors, desquels naîtraient en 2012 une Ourse, son oursonne et son ourson. 
Roche sédimentaire formé par le dépôt de barrière récifale il y a environ, 115 millions d’années, le calcaire urgonien, abondant dans les chaînons subalpins, mais de qualité assez inégale, est très présent dans le Vercors. 
Particulièrement excellent à œuvrer, embelli par le polissage, il peut être considéré comme une pierre marbrière. Entre autres, une des sculptures en urgonien vercussien de Serge Lombard se trouve au Musée du Marbre de Rance, en Belgique. Ce minéral comporte de la calcite (carbonate de calcium), parfois des traces d’oxyde de fer, et de nombreux fossiles tels des débris de coquilles, de rudistes ou autres mollusques récifaux des mers chaudes du Crétacé, qui sont autant de pièges pour le sculpteur.

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Serge prend les dimensions !

Monsieur Denis Arnaud, Responsable du Centre Technique Municipal de Villard de Lans, connaît bien son « stock », mais seul le sculpteur a le pouvoir de déceler lesquels pourront « faire l’affaire » ; ensemble, le 18 juin, ils firent le tour des dépôts naturels montagnards. 
Serge Lombard repéra cinq blocs ce jour-là qu’il retourna voir plusieurs fois afin de les tester et de les mesurer ; trois furent retenus et transportés en camion à l’atelier provisoire.

Le "chantier"...

Voici une vidéo commentée par l’artiste, puis nous reviendrons en détail sur ces ours...

Le soleil s’était levé depuis peu, ce vendredi 6 juillet, lorsque le futur ourson (180/200 kg) fut installé, à peine à l’abri des intempéries, et se prêta à la taille de ses formes.

Sculpteur depuis trente-deux ans, Serge Lombard a créé des œuvres de toutes les dimensions pouvant entrer dans une maison, un musée ou sur les étagères d’une vitrine de salle d’exposition, mais ces futurs ours sont ses premières, importantes, sculptures monumentales. Il a entamé son « chantier » avec une plus grande angoisse et un stress décuplé : « Je suis informé sur la texture par la façon dont la pierre « saute » sous l’outil. Les trois ou quatre premières minutes me donnent un éclairage sur le potentiel du bloc, mais aussi m’inocule de l’anxiété si la première impression est marquée par la découverte d’indices laissant présager des vices se cachant peu ou pas du tout …. ». 
Il en est ainsi chaque jour, quelle que soit la taille de ses sculptures, à chaque coup de disqueuse pour l’ébauche, à chaque entaille du ciseau ou de la gradine… Trois semaines plus tard, Tilou était né et son créateur se sentait presque heureux de voir l’arrivée du « petit » sans trop de problèmes : «  Il y a dans ma manière de procéder à la taille directe une façon d’être qui relève des qualités, de mon point de vue, de l’ethnologue. Accueil et disponibilité bienveillante à l’adresse de ce qui ne paye pas de mine, selon le jugement commun. Une forme de flottement teinté de l’indécision, une mise en retrait, une estampe, une éventuelle envie de maîtriser la roche ; je ne maîtrise rien du tout, j’accorde ma volonté d’agir, d’inscrire, un sujet dans une matière, aux caractéristiques de la pierre. Cette relation donne lieu, je l’espère à des jeux d’équilibres, parfois un peu incomplets, parfois rayonnants parce que touchant le sens de l’esthétique de tout un chacun, fut-ce la personne se fichant de l’art comme…. de sa première chaussure.  »

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Tilou, le "petit" ours.

Par prudence, pour s’échauffer à la tâche, Serge Lombard a décidé de sculpter moderato : de Tilou et son petit air coquin avec un coquillage dans le fond de son œil droit, il est passé à l’oursonne, Tilda. S’il n’avait pas eu trop de difficulté à affronter le premier bloc d’urgonien pour donner vie au petit ours, il n’allait pas en être de même avec le second ; le calcaire, plus dur encore, recelait des imperfections mais aussi de la calcite et des fossiles, héritages des temps anciens où le territoire était sous eaux bien avant de devenir le Vercors. Un peu plus grand, le bloc, réservé à l’oursonne, était aussi plus lourd (250/300 kg) ; tout comme Serge Lombard l’avait pressenti, il lui offrit du fil à retordre, crescendo.

Sculpter des blocs émanant d’une carrière de pierre, donc, en principe, dénués de défauts, est certainement plus « simple », mais non moins dur, que de travailler des pierres sauvages. Celles-ci, peu importe leur taille, réservent bien des surprises merveilleuses ou désagréables au sculpteur tout au long de la création d’une œuvre : selon la structure de la pierre, elle peut se briser à tout moment ; physiquement, par l’effort que demande le maniement des pierres de poids et la poussière qui s’infiltre par tous les interstices en se jouant des protections installées ; moralement, par l’anxiété de la réalisation, tout au long de la création de l’œuvre, qu’elles que soient ses dimensions : « Quitte à paraître un être « primaire » ! Attention à bien vouloir cerner, peser, ausculter une des essences de ce terme, très souvent l’acte prime sur la personne. 
En effet, c’est l’observation des réactions de la matière sous l’outil pulsé par la réquisition de mon corps ou mu par une force mécanique qui, là aussi, mobilise tout le corps, les engins électro-portatifs ou pneumatiques réclamant une vigilance telle que celle-ci engendre des tensions musculaires, articulaires ou tendineuses extrêmes, dans les toutes premières minutes qui orienteront la façon dont je vais me confronter à la matière qui dessinera les moyens de mise en œuvre, - cette expression prenant toute sa substance dans le contexte qui me concerne ! 
Ces toutes premières minutes sont d’une importance énorme. Instantanément défilent bientôt trois décennies d’expériences de vécu sensoriel… Pour être simple, je cherche immédiatement des points de comparaison, quelques repères tactiles. En règle générale, ce premier contact ne déroge pas à cette constatation : à l’opposé de Pablo Picasso qui était fier d’afficher qu’il ne cherchait pas, il trouvait, il me faudra fouiller dans cette masse de matière, tâtonner, chercher
 ».

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La souris entre les pattes de Tilda !

Madame Carlioz, Maire de Villard-de-Lans accompagnée de Madame Mater, adjointe à la Culture, sont arrivées un samedi, impatientes de voir le trio installé sur le rond-point des Geymonds. En un mois, la gestation de Tilda pris fin. Elégante, toute en finesse malgré sa corpulence naissante, avec un bijou en coquillage dans le creux de son oreille droite, elle était prête à rejoindre son petit frère lorsque le sculpteur s’avisa, avec son humour habituel, qu’il manquait son coup de patte très personnel : une petite souris se glissa entre les pattes arrières de l’oursonne. Le 16 août, juste après la visite d’un admirateur venu d’Orange, elle rejoignit Tilou, bien à l’abri… ils avaient tout le temps de bavarder des choses de la vie d’oursons.

La grande ourse...

Au premier coup d’œil, dans la forêt, la forme de la pierre, destinée à la création de l’ourse, conseillait à Serge Lombard de sculpter la tête en premier. Bien que l’ayant eu à portée de son regard pendant deux mois et tâté de la pointe de son ciseau plus d’une fois, de nombreuses questions techniques le lancinaient ; mais avant de trouver les réponses, il lui fallait préparer l’assise. 
Il sentit l’angoisse et le stress l’envahir en découvrant le bloc (2,5/3 tonnes) encore plus dure, et, contre toute attente, en constatant l’éparpillement d’oxyde de fer dans tout son corps : «  ce n’est pas courant dans l’urgonien du Vercors  » me dit-il, «  je suis un athlète de la recherche ; recherche usante puisque « inscrire » une forme dans un volume où la nature n’avait rien prévu d’en faire sortir, à l’origine, est une épreuve d’un doute lancinant, ponctué de « victoires » éphémères. Le « tient, je trouve que je me suis bien débrouillé sur telle partie de la sculpture » que je m’accorde en guise de satisfecit, tel soir, peut être remis en question le lendemain. La sculpture en taille directe est une guerre d’usure ; pour me coller à mes trois blocs, je me suis conditionné le mental, comme si j’allais me coltiner plusieurs mois de compétition. Il ne s’agit pas d’une allusion gratuite ; je garde viscéralement ancré en moi des réflexes acquis par les épreuves soutirées de sport de longue distance, en individuel, tel le ski de fond, puis la course d’orientation, si ce n’est les prémices du « trail » au milieu des années 70. Cette somme de connaissance, de gestion du corps dans l’effort, remisé dans les fibres de celui-ci ainsi que dans les granges de la mémoire, est une des bases ou des socles permettant d’assurer ce corps à corps avec la matière qui ne laisse personne indemne : ni le sculpteur, ni la « chose » sculptée  ».

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Le photographe-reporter belge Eric de Wallens de passage.
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Le "guide des tanières", une édition rare !

Au fil des jours de sa métamorphose, Maelina reçu des visites : le Conservateur du Musée de Nantes, d’ardents collectionneurs de sculptures lombardiennes des régions parisienne et villardienne, des enfants dont une adorable fillette de 7 ans enchantée de voir le trio, un reporter-photographe Belge, entre autres humains ; car il y a eu un chat, poils dressés, tout effrayé par la masse imposante qui prenait forme, comme ce fut aussi le cas des chiens du secteur dont un se mit furieusement à aboyer sur l’ourse, qui voyait-il ?

Par un bel après-midi d’un dimanche ensoleillé d’automne, est aussi arrivée une adorable et gracieuse hermine qui est restée en arrêt devant Maelina, certainement toute étonnée de voir une ourse de retour dans le Vercors !

Pendant une bonne heure elle a fait des aller/retour entre sa cache et son énorme découverte ; le sculpteur a fixé cette rencontre mémorable au bas des pattes arrières de l’ursidé, comme il a également déposé sur son côté droit un « Guide des Tanières du Villard-de-Lans » paru aux « éditions du Scialet ».

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La rencontre avec l’hermine, fixée dans la pierre...

En route !

Enfin arriva le grand jour… le vendredi 30 novembre 2012… Inoubliable par l’émotion et les performances pour ce déménagement. En voyant « ses » ours s’élever dans l’air au petit matin froid (-10°), que le soleil hésitait à réchauffer, Serge Lombard a ressenti un gros serrement de cœur : près de cinq mois d’un travail dur, difficile, épuisant ont défilé en trois, quatre secondes devant ses yeux ; vivement il conseilla de trouver des protections pour les oreilles de Maelina que les chaînes risquaient d’érafler… le fait de les voir suspendus dans le vide pour rejoindre le camion prévu au transport était très saisissant.

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Maélina se laisse soulever...

Mais tout cela n’aurait pas pu être possible sans la décision de Madame le Maire et de tous les membres du Conseil Municipal, ainsi que de l’importante aide précise, attentionnée, de Denis Arnaud et de ses nombreux techniciens municipaux qui, de près ou de loin, ont participé à cette grande aventure villardienne d’introduction d’ours sur le rond-point des Geymonds, ce sont : des Ateliers Espaces Verts : Sébastien au transport et à la manipulation des pierres, Christophe à la recherche des pierres et Marie-Laure à la mise en place des ours sur le rond-point ; des Ateliers de la Voirie : Gilles au transport et à la manipulation des pierres, Justin également à la mise en place des ours et, avec Philippe, au transport des lauzes méaudraises (j’en parlerai au printemps prochain) ainsi que Boris pour la maçonnerie et la préparation des socles sur lesquels les ours ont été inébranlablement fixés ; des Ateliers Fluide : Wilfried pour l’éclairage des ours ; enfin de l’Atelier Menuiserie : Sylvain, Joël, Nicolas, et Jeremy pour les coffrages et le calages des ours.

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Tilda et Tilou au départ
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Le trio dans le camion !
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L’arrivée aux Geymonds... dans un temps d’ours !
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Placement de Maélina
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Le trio en place !
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Déjà des admiratrices !

A l’instar des grands de ce monde, le père de cette famille se fera attendre jusqu’au début du mois de septembre. Son arrivée vous sera relatée, c’est évident !

A suivre donc...

Henrianne van Zurpele, pour initiatives-vercors.fr - le 7 février 2013. 
Toutes les photographies et le texte sont sujets à droits d’auteur.

 

 

L’aménagement du rond-point des Geymonds à Villard de Lans, le cadeau de Noël 2012 et 2013 aux villardiens (suite 3 et fin).

A l’occasion des deux précédents articles annonçant l’arrivée d’une famille d’ursidés sur le rond-point des Geymonds, leur « créateur », Serge Lombard, sculpteur en taille directe, a terminé la « tranche 2013 », non sans grandes complications démoralisantes, le jeudi 26 septembre 2013...

Précédents épisodes : 
- L’aménagement du rond-point des Geymonds à Villard-de-Lans
- Les ours de nouveau à Villard... Reportage en images.

Une famille recomposée ?

Le grand ours mâle a rejoint, ce jour-là, Maelina, Tilda et Tilou sur le sommet du rond-point des Geymonds. Nilsk accueille les automobilistes, et les rares piétons allant en direction de Villard-de-Lans ; Maelina et ses oursons semblent se diriger vers la zone artisanale ou plus loin, vers les montagnes, où vivaient ses ancêtres. 
Même la narratrice de cette saga de la famille d’ours villardiens, était persuadée qu’immanquablement ce serait le « père ours » qui rejoindrait le petit groupe. Seul, le sculpteur en pensait tout autrement. Il nous rappelle : « les ours vivent en solitaires, ils n’ont pas le sens de la famille tel que les humains l’entendent. Les mâles cherchent une femelle juste pour procréer, parce que c’est l’ordre de la nature  ».

Nilsk est donc le fier et bel étranger qui est arrivé au sein du groupe d’ursidés.

Le cheminement…

Le repérage de trois blocs de pierre en calcaire urgonien du Vercors, susceptibles de devenir l’ours mâle dans toute la force de l’âge, avait été fait en forêt villardienne, avant l’assaut du rigoureux hiver dernier. Le premier qui fut descendu de la montagne, le 30 août 2012, bien que d’allure magnifique, s’est vite révélé, sous le ciseau et la massette du sculpteur, totalement inutilisable ; ses défauts dus au passage des millénaires ne permettaient pas de le transformer en ours adulte, Serge Lombard explique : «  Dans un premier temps, ce bloc avait retenu mon attention, ses dimensions, de presque deux mètres vingt, permettant d’y « inscrire » l’ours dressé. Mais il était constitué de trois « bancs », trois strates [1] bien distinctes dont il convenait de savoir si elles adhéraient les unes aux autres. Or, l’examen avec les outils me révéla la présence régulière de lacunes [2] oxydées entre chaque strates, hypothéquant gravement le besoin de cohésion que réclame le fait de « sortir » du bloc des volumes en saillie, en porte-à-faux, c’est-à-dire en défiant la loi de la pesanteur ». 
Ce fut, pour le sculpteur, une première désillusion. Il ne faut pas perdre de vue que ces blocs ont au moins vingt à cent mille ans (si pas plus) d’existence dans la montagne, ni que les divers bouleversements climatiques, survenus au cours des âges, les ont détachés de leur base les faisant rouler sur les pentes en heurtant nombre d’obstacles.

Le début du calvaire pétrographique ursique.

S’agissant de pierres "sauvages" avec leurs défauts à vaincre, des soucis ont existé pour Serge Lombard, l’an dernier, lors de la création de Maelina, Tilda et Tilou ; pour l’adulte mâle, elle lui a été des plus difficile et épuisante à la fois physiquement, techniquement et mentalement. Plusieurs fois, il aurait voulu jeter ses outils aux orties et disparaître dans la forêt proche… La pierre le défiait, il l’a vaincue.

La neige ne voulant pas nous quitter trop rapidement au printemps 2013, il a fallu attendre son bon vouloir afin que les engins du Service technique de Villard-de-Lans puissent monter chercher le deuxième bloc de pierre. 
Serge Lombard m’explique sa quête suivante à travers la montagne villardienne : « Dans le courant du mois de Mai, je suis remonté au-dessus des Glovettes afin de revoir un bloc aux dimensions conséquentes que j’avais boudé en 2012 pour deux raisons, d’une part il était trop massif, ce qui me forcerait à retirer trop de matière, et, d’autre part, j’avais des doutes sur la fiabilité de ce bloc qui présentait des « lits » [3] assez régulièrement espacés. La présence d’un « lit » n’est pas en soi une tare, c’est une faiblesse qui peut n’être que locale ; elle devient ravageusement handicapante si elle traverse le bloc de part en part, le transformant, en quelque sorte, en « millefeuille » !

J’ai procédé à un petit essai avec des outils mécaniques ; à l’échelle du mètre cube, la cohésion était là, le matériau avait la texture et la couleur habituelle que je lui connais bien. J’ai donc décidé de tenter ma chance avec cette pierre avoisinant les trois tonnes… ! Au bout de trois semaines d’ébauche grossière, le constat s’est imposé, ce bloc n’était pas crédible parce que les « lits », s’il ne le traversaient pas de part en part, étaient source de faiblesse pour tout ce qui réclame de la tenue, tels un cou, une patte, une base qui doit supporter une masse. De surcroît, l’ébauche première me révéla des fissures suspectes dans ce qui tient de « chanfrein », c’est-à-dire l’os du nez. Mais, si j’abandonnais l’idée de livrer au rond-point des Geymonds un tel rocher sculpté, il était hors de question de le jeter aux orties ; d’abord à cause de l’énergie que je lui avais injectée (NDLR : durant 1 mois), aboutissant à une ébauche somme toute plaisante, ensuite du fait que je percevais dans la couleur et les rudistes présents dans la pâte urgonienne un fort potentiel de beauté à mettre en valeur. Il y eut donc une période intermédiaire pendant laquelle j’intervins encore sur ce qui deviendrait « MATHURIN », en position de passage de témoin à un autre bloc de pierre vercorien qu’il me restait à trouver. C’est donc le moral démoli que je me remis à courir les alentours de Villard-de-Lans  ».

« Jamais deux sans trois, dit un adage »…

Je laisse la parole à Serge Lombard : 
« Repéré dès l’automne 2011, en forêt, au-dessus du hameau des Bouchards, alors que le projet « rond-point » n’en était qu’à ses balbutiements, il y avait un bloc morainique [4] auquel j’ai souvent rendu visite au printemps 2012 pour trouver de quoi réaliser l’ourse adulte. Il faisait l’objet de ma plus vive attention car sa rondeur massive, sortie d’un écrin de mousses au creux des arbres, me fascinait malgré des marques notoires du travail de l’érosion. Sélectionné en 2012, en quelque sorte, mais non finaliste à l’époque, je retournai, après avoir peiné en journée, sur le futur « Mathurin », jauger, palper ce silencieux bloc qui vivait sa vie en sous-bois depuis des millénaires sans prétendre une quelconque accession à un rôle public. Je pris donc la décision de le nommer successeur au deuxième bloc. Sa « récolte » fut aisée, sans heurt, avec souplesse. L’opération était surprenante dans le sens que si l’on voit sortir des grumes ou des champignons des forêts, il est beaucoup plus rare que des blocs de pierres, endormis depuis huit ou dix mille ans, soient brutalement projetés vers une autre destinée.

En fait, j’ai « attaqué » le troisième bloc, sans fanfaronner, étranglé d’inquiétude, aux aguets, prêt à déceler des « vices de formes » vouant à l’échec cette nouvelle entreprise. Il y eut, en effet, quelques belles séances de stress dues à cette équation : avoir assez de matière à tel endroit, de qualité si possible, pour « sortir » le museau, les oreilles, le cou et les pattes. Ce serait mentir de dire que le parcours fut agréable, loin s’en faut. Mais, au creux des centaines de kilos de gravats produits, il était réconfortant, voir tonifiant, de constater que la combinaison des couleurs fauve et grise recelant des petites merveilles constitutives de l’urgonien, à la recherche des volumes de l’ours adulte, était de nature à offrir au spectateur un rendu puissamment expressif. »

La touche finale.

Deux grandes lauzes, provenant de Méaudre, avec l’accord de Monsieur le Maire, Pierre Buisson, et son conseil municipal, ont été posées en novembre 2012, dans le prolongement des regards des trois premiers ours. Sur l’une, Serge Lombard a sculpté lys martagon et jonquilles ; sur l’autre, une ferme typique du Vercors. Tandis que des empreintes de pattes d’ours, travaillées à la verticale, de dimensions exactes (17/22 cm à l’avant et 28 cm à l’arrière), sont bien visibles sur les lauzes placées devant Nilsk.

Je laisse à nouveau la parole à Serge Lombard : « Dans mon projet, la présence de la sculpture du mâle était à compléter par l’adjonction de lauzes dressées. Ce complément minéral vient ici en rappel de l’omniprésence des falaises, celles-ci garantissant par la raideur ou la complexité topographique de leurs abords, un milieu naturel empreint de sauvagerie. Elles sont représentantes d’un élément puissant de l’architecture rural du Vercors, fruit du labeur des paysans se faisant carrier à l’occasion. Elles sont également associées à cet ours, pour suggérer la relation pluriséculaire entre les activités de l’homme et la présence du plantigrade. Enfin, pour voir surtout et faire remarquer ensuite que cet agencement minéral, introduit dans la masse de ce rond-point, est une ligne de force qui souligne et renforce la stature de l’ours, Nilsk. Une ligne de force animée, je l’espère, d’une certaine tonicité graphique et colorée  ».

Huit cent quinze heures ont été nécessaires à la création de cette famille d’ursidés et de leur environnement pétrographique de dix tonnes au total, dont quatre cents tonnes pour les lauzes. Trois « caches spots », également en calcaire urgonien du Vercors, creusés dans trois « patates » de trente kilos chacune, ont été jointes à l’ensemble, pour le plaisir de Denis et de toute son équipe.

Remerciements...

Il faut le dire à nouveau, Serge Lombard n’aurait certainement pas pu mener à bien Nilsk Maelina, Tilda et Tilou, sans l’aide et le soutien précieux de : 
Denis Arnaud, Responsable du Centre Technique Municipal, et de ses collègues de travail : Marie Laure, Thomas, Sébastien et Grégory, du Service Espaces Verts ; 
Justin, Gilles, Philippe, Serge, Jean-Claude, Cédric et Boris, du Service Voirie, dont certains, conducteurs d’engins monumentaux, nous ont épatés par leur étonnante et stupéfiante dextérité ; 
Sylvain, Nicolas et Joël, du Service Menuiserie, pour le coffrage du socle. 
Enfin, Guillaume, de l’Entreprise BBC, qui, avec son habilité et la force de sa grue, a mis en place le groupe d’ursidés ainsi que les quatre grandes lauzes, sur le rond-point des Geymond, devenu celui « des Ours ». 
Magnifique animal emblème de Villard-de-Lans, comme il est aussi celui de Berne, en Suisse et de Berlin, en Allemagne.

Nota bene :

Serge Lombard est le premier et le seul sculpteur qui s’est engagé sur la mise en valeur artistique du calcaire urgonien du Vercors, en taille directe, depuis 1989. Sa première sculpture, dans ce matériau, fut un « Faucon crécerelle ». Cette pierre a un merveilleux facies sédimentaire du Crétacé ; il peut être de couleur beige clair ou plus foncé, plus rarement, rosé. Ces couleurs peuvent être mélangées sur un même bloc. Il est traversé, en tous sens, de veines de calcite, quelquefois légèrement brunes, et contient parfois des traces de fer, mais aussi des ammonites et autres diversités de coquillages, tous de tailles différentes. 
De par le patient travail, manuel, de polissage de Serge Lombard, il a été prouvé que cette pierre peut être considérée comme étant marbrière ; pour cette raison, une de ses sculptures, est entrée, au mois de novembre 2007, au Musée du Marbre de Rance, en Belgique. D’autres sculptures créées dans ce matériau sont dans des musées, et chez des collectionneurs des œuvres de Serge Lombard, même hors de France. 
En décembre 2011, lors du reportage réalisé sur lui, pour FR3, le journaliste, Patrice Morel, le présentait comme étant un « ciseleur d’oiseaux et de mammifères, statuaire du roc, tagueur des cavernes qui se frotte à la matière rugueusement…  ».

Meilleure année 2014, à tous.

Henrianne van Zurpele – Texte et photos © 
Pour initiatives-vercors.fr - 21 décembre 2013

Notes

[1] Couche formée par des roches sédimentaires et certaines roches métamorphiques. Elle peut mesurer de moins d’un mètre à plusieurs mètres.

[2] Une lacune est l’absence (totale ou partielle) d’une couche. Ce manque serait dû à un arrêt temporaire de sédimentation ou d’érosion sur une période de temps.

[3] Niveau de faible épaisseur d’une formation sédimentaire ; séparation naturelle de la masse de roche en banc.

[4] Débris arraché à la montagne et entraîné par le glacier.

 



 


© 2003-2015 : ANIM'ART, Henrianne van Zurpele (textes et images), Serge Lombard (sculptures et photographies), Eric de Wallens (pour certaines photographies – www.ericdewallens-photographe.be), Stephan Salberter (certaines photographies) et PHOTO LAB (F-38250 Villard de Lans).
Réalisation, conception : Gérard de Wallens.
Actualisation 2015 : Henrianne van Zurpele